C'est une idée qui lui trotte dans la tête depuis longtemps : dødser un iceberg. C’est tellement brutal comme phrase ! Pas une falaise, pas une plateforme. Un iceberg. Quelque chose de vivant, d'instable, qui bouge et qui peut se retourner à tout moment. Côme est mon ami, et quand il me parle du projet Groenland, j'accepte immédiatement sans réaliser dans quoi je me lance.

Entre temps vient sa blessure. Y arrivera-t-il ? Je me pose la question, mais je le connais. Il ne lâchera jamais l'affaire. Depuis des mois il travaille le projet en silence : les lieux, les contacts sur place, les sponsors. Tout ça en gérant sa rééducation. Côme, c'est ça.

L'hiver se passe bien. Son dos se rapproche d'être opérationnel, et sauter d'un iceberg devient de moins en moins une chimère. Alors on en parle, on en rigole au téléphone. Mais je réalise que tout ça est quand même très sérieux. On fait des recherches, on regarde à quoi ressemblent les icebergs. C'est effrayant, c'est énorme, ça bouge. On pense immédiatement à cette vidéo de Mike Horn grimpant un iceberg qui se retourne violemment sous ses pieds. "T'imagines il se retourne ?" — "Non Côme. Je ne veux pas l'imaginer.

Au fur et à mesure que ça se rapproche, l'idée de voir mon pote sauter d'un iceberg me terrifie autant qu'elle m'excite. Je sais qu'il en est parfaitement capable. Truls sera aussi de la partie, il sautera après lui. Entre Côme et Truls, il y a un goût de travail inachevé depuis Majorque. Une boucle à fermer.